Titus Andronicus Acte V Scène 2

Montre-moi...

 

Épisode romain imaginaire, Titus Andronicus raconte une double vengeance. Général victorieux, Titus Andronicus revient à Rome avec ses otages : Tamora, reine des Goths, et ses trois fils. Andronicus sacrifie l'aîné de Tamora. Devenue impératrice de Rome, celle-ci, aidée du More Aaron, fait exiler l'un des fils de Titus, exécuter les deux autres et laisse ses fils, Démétrius et Chiron, violer et mutiler Lavinia, la fille d'Andronicus. Ce dernier en devient fou. Cet extrait de l'acte V prépare le terrible banquet final où se retrouvent tous les protagonistes pour la vengeance d'Andronicus. Tamora et ses fils, déguisés en figures allégoriques, entreprennent ici de convaincre Titus de rappeler son fils exilé pour lui tendre un piège.

 

TAMORA. - Cette complaisance envers lui convient à sa démence ; quelque idée que je forge pour alimenter son accès de délire, soutenez-la par vos paroles. Car maintenant il me prend tout de bon pour Vengeance ; convaincu qu'il est de cette folle pensée, s je le déterminerai à envoyer chercher Lucius, son fils ; et quand je me serai assurée de lui dans un banquet, je trouverai quelque moyen pratique et habile pour écarter et disperser les Goths capricieux ou tout au moins pour faire d'eux ses ennemis. Voyez, le voici qui vient, il faut que je poursuive mon thème.


Entre Titus,


TITUS. - J'ai vécu longtemps isolé, et cela à cause de toi. Sois la bienvenue, redoutable furie, dans ma malheureuse maison ! Viol et Meurtre, vous êtes aussi les bienvenus... Comme vous ressemblez à l'impératrice et à ses fils ! Vous seriez au complet, si seulement vous aviez un More. Est-ce que tout l'enfer n'a pas pu vous fournir un pareil démon ? Car je sais bien que l'impératrice ne bouge pas sans être accompagnée d'un More ; et pour représenter parfaitement notre reine, il vous faudrait un démon pareil. Mais soyez les bienvenus tels que vous êtes. Qu'allons nous faire ?


TAMORA. - Que veux-tu que nous fassions, Andronicus ?


DEMETRIUS. - Montre-moi un meurtrier, je me charge de lui.


CHIRON. - Montre-moi un scélérat qui ait commis un viol ; je suis envoyé pour le châtier.


TAMORA. - Montre-moi mille êtres qui t'aient fait du mal, et je les châtierai tous.


TITUS. - Regarde dans les maudites rues de Rome, et, quand tu trouveras un homme semblable à toi, bon Meurtre, poignarde-le ; c'est un meurtrier !... Toi, vas avec lui ; et quand par hasard tu en trouveras un autre qui te ressemble, bon Viol, poignarde-le ; c'est un ravisseur !... Toi, vas avec eux ; à la cour de l'empereur, il y a une reine, accompagnée d'un More ; tu pourras la reconnaître aisément à ta propre image ; car elle te ressemble des pieds à la tête ; je t'en prie inflige-leur quelque mort cruelle ; car ils ont été cruels envers moi et les miens !


TAMORA. - Tu nous as parfaitement instruits ; nous ferons tout cela. Mais veuille d'abord, bon Andronicus, envoyer chercher Lucius, ton fils trois fois vaillant, qui dirige sur Rome une armée de Goths belliqueux, et dis lui de venir banqueter chez toi ; quand il sera ici, à ta fête solennelle, j'amènerai l'impératrice et ses fils, l'empereur lui-même et tous tes ennemis ; et ils s'inclineront et se prosterneront à ta merci ; tu assouviras sur eux les furies de ton cœur.

 

Shakespeare, Titus Andronicus, V, 2, traduction de François-Victor Hugo, éd. Flammarion, 1965.

 

1- Comment la folie d'Andronicus se manifeste t-elle ?
2- Quel est l'intérêt des déguisements allégoriques adoptés par Tamora et ses fils ?
3- En quoi les répliques des personnages de cette scène sont-elles à la fois mensongères et conformes à l'action en train de se dérouler ?
4- Sur Internet, recherchez les affiches de la pièce : quelle atmosphère ces affiches dégagent-elles ?