La peinture au XIXème siècle

L’évolution des courants artistiques au XIXème siècle

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Honoré Daumier, L’ouverture du salon

Depuis 1791, le salon est une exposition organisée par l’Etat, ouverte à tout   artiste français ou étranger, peintre, graveur, sculpteur, dessinateur, à   condition d’avoir été admis par le jury. Il se tenait au salon carré du Louvre (d’où son nom) mais se tiendra au palais de l’industrie (construit sur les Champs Elysées à l’occasion de l’exposition universelle) à partir de 1857. Il ne se tient qu’une ou deux fois par an et est souvent l’occasionde scandales et de polémiques. C’est là que s’expriment les rivalités entre artistes

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Henri Gervex, Une séance du jury de peinture, vers 1869

Le jury était composé de membres de l’Académie des Beaux Arts. Depuis Louis   Philippe, on choisit les artistes qui peuvent honorer le « grand art », fondé sur l’étude et la copie de l’antique. Aussi, sujets et genres avaient une importance capitale et déterminaient la carrière de l’artiste. La peinture historique abordant la mythologie, l’histoire proprement dite, les textes saints sont bien supérieurs aux natures mortes et aux portraits. La hiérarchie des genres guidait aussi bien l’enseignement à  l’école des Beaux Arts que les discours des critiques ou les réactions du   public. D’où la situation de monopole du Salon : un monde clos qui impose ses propres critères artistiques et les rend   exclusifs.

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Honoré Daumier, croquis   réalisés à l’occasion du Salon

Honoré Damier, sans doute le plus grand caricaturiste du XIXème siècle a su mieux que personne traduire l’ambiance de ces salons, une foule composée de familles, de refusés aigris, de bourgeois venus admirer leur portrait, de critiques confis dans leur dignité etc … Pour un artiste l’enjeu est de taille : il s’agit d’obtenir des commandes privées, même si l’Etat peut lui-même se porter acquéreur d’une   œuvre (d’où l’expression « le clou   du Salon » : on retire de l’exposition un tableau acquis par l’Etat avant même l’arrivée du public en vertu de son droit de préemption. Ainsi, il ne restait que le clou …).

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Millet, La méridienne

La première rupture consiste à choisir des sujets qui tranchent avec les thèmes  préconisés par le jury du Salon, des sujets tirés du quotidien. Jusque là, la   réalité était sublimée et traitée comme un sujet d’histoire, à la manière de Géricault et de son « Radeau de la Méduse », qui   transforme un fait divers en sujet épique. L’œuvre de Millet va donc prendre à contre-pied l’idéal artistique de son   temps en puisant dans des univers plus triviaux, paysans notamment.

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Gustave Courbet, Un   enterrement à Ornans, 1848 / 50

Gustave Courbet peint entre 1849 et 1850 « Un enterrement à Ornans » (son village natal dans le Jura). Il s’agit d’un tableau aux dimensions gigantesques qui met en scène des villageois d’Ornans qu’il transforme en héros modernes, alors que ce sont des personnes sans aucune noblesse. La composition du tableau rappelle les frises antiques comme dans un bas relief, comme une concession faite au « Grand art ».

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Thomas Couture, « Les romains de la décadence », 1847

Le   tableau de Courbet est un défi lancé à Thomas   Couture (1815-1879) qui au Salon de 1847 avait connu un immense succès   avec « Les romains de la décadence   ». L’Exposition Universelle de 1855 ne retient ni « Un enterrement à Ornans », ni « L’atelier du peintre ». Courbet va donc organiser sa propre   exposition intitulée « Du réalisme   » dans un baraquement élevé Avenue Montaigne.

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Le baraquement de Courbet, monté au 7 de l’ Avenue Montaigne à Paris. Un geste   qui va s’attirer la moquerie du tout-Paris artistique mais qui va amorcer une   démarche nouvelle : une vie artistique est possible en marge du Salon.

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Apothéose de Napoléon III

L’autre   peintre qui va changer les choses est Edouard   Manet (1832-1883). Son œuvre sera encore plus mal reçue que celle de   Courbet, notamment avec deux peintures qui feront beaucoup parler d’elles. Napoléon III va sans le vouloir   ouvrir la voie aux peintres peu académiques en organisant dans un salon   annexe du palais des Champs Elysées une « exposition des œuvres refusées » en 1864. Ainsi, il offre   une visibilité à des peintres souvent ratés mais parfois aux avant-gardistes   comme Manet

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«La naissance de Vénus », Alexandre Cabanel, 1863

Ce   n’est pas la seule fois que Napoléon III va changer l’environnement culturel   sans en avoir conscience. En 1864, le directeur des théâtres Camille Doucet revient sur le   privilège octroyé aux théâtres qui empêchait les cafés-concert de réciter des   textes du répertoire, de porter costumes et perruques etc… Cette mesure   suscitera l’explosion des cafés-concert ainsi que tout un corpus chansonnier   constituant la base de notre culture populaire. Malgré ces deux décisions   fondatrices, Napoléon III partage les goûts de son époque : il se porte   acquéreur en 1863 de « La   naissance de Vénus » d’Alexandre   Cabanel, jugée d’un « goût   exquis »…

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« Le   déjeuner sur l’herbe », Edouard Manet, 1863

Cette   même année, Manet expose au « Salon des refusés » « Le déjeuner sur l’herbe ».   « Il paraît qu’il faut que je   fasse un nu. Hé bien, je vais en faire un, un nu ! ». Les   critiques vont considérer que le nu ne se justifie pas dans la mesure où il est réservé aux scènes mythologiques. La pose est peu académique, la femme  présente des plis au ventre et au cou, les pieds sont grossiers. De plus, les  aplats de blancs, une technique que Manet utilisera de nouveau pour « Olympia » déplaît fortement. On   préfère des chairs mates, même légèrement artificielles, à la manière de la Vénus de Cabanel. Le   tableau ne suscite que sarcasmes de la part des critiques.

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« Le jugement de Pâris », Raphaël

A travers son « Déjeuner sur l’herbe », Manet montre qu’un artiste peut   s’inspirer d’une composition ancienne pour élaborer une œuvre moderne. Ainsi   Manet s’inspire du « Concert   champêtre » du Titien et   du « Jugement de Pâris »   de Raphaël, deux œuvres que le   peintre a étudié.

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« Olympia »,   Edouard Manet, 1865

« Olympia » est accepté au   Salon de 1865, autrement dit ce tableau est bien plus exposé à la critique de   « Le déjeuner … ». On parle d’ « odalisque au ventre jaune », de « gorille femelle » à la « peau cadavérique », de « courtisane faisandée ». D’après le critique et écrivain Théophile Gautier, « le ton de   la chair est sale et le modelé est nul ». Un autre critique :   « Monsieur Manet ne nous en voudra   pas si nous avons ri comme des bossus devant son Olympia ». Quelques   soixante articles défavorables pour quatre seulement favorables. (parmi eux,   Zola, ami d’enfance de Cézanne).

Le   nom « Olympia » est un   clin d’œil ironique aux déesses antiques qui représentent les canons de   beauté de l’époque. Manet a peint une femme aux jambes courtes, dotée d’un   petit ventre, aux hanches peu marquées et au cou un peu épais : ces   traits ne ressemblent en rien à aucune règle classique, mais ils sont ceux   d’une vraie femme. C’est d’ailleurs là toute la raison du scandale.

La   sexualité y est suggérée : le petit ruban autour du cou facile à   dénouer, le bouquet qui répond à un troc amoureux, une orchidée dans les   cheveux, fleur à la forme sexuelle.

Manet, comme Courbet, fera   édifier un baraquement destiné à y exposer ses propres œuvres.

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« Bain à la Grenouillère », Claude   Monet

A   partir des années 1860, un groupe de jeunes peintres va proposer une vision   alternative et en rupture avec les conceptions de l’époque. Parmi eux Bazille (qui meurt pendant la guerre   de 1870-71), Monet, Pissarro, Renoir, Degas, Sisley tous fils de bonne famille. On   abandonne les sujets historiques pour peindre la vie. On quitte l’atelier   pour le plein air (aidé en cela par la peinture en tube et l’invention du   chevalet portatif) et surtout, on essaie de capter l’instant comme le fait la   photographie (L’Académie qui sent la menace réplique par Ingres : « La   photographie n’est pas un art »). Peindre ce que l’on voit sans être   influencé par ce que l’on sait du sujet et rester fidèle à ses impressions.

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« Impression   Soleil levant », Claude Monet

Le   15 avril 1874, 35 Bd des capucines, trente peintres parmi lesquels Cézanne,   Pissarro, Renoir, Monet, Degas, Sisley accrochent 165 toiles sans qu’aucun   jury ne joue les censeurs. Mais rien ne se vend.

Le   mot « impressionniste »   se veut au départ désobligeant, un critique malveillant l’avait utilisé après   avoir vu « Impression soleil levant », une vue du Havre.

« Que   représente cette toile ? Une impression. J’en étais sûr. Je me disais   aussi puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l’impression là-dedans »   Claude Leroy dans Le Charivari.

Le   fait marquant est l’arrivée dans le groupe d’une femme, Berthe Morisot, qui refuse d’être exposée au salon.

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« Jeune femme assise », Pierre-Auguste Renoir

En mars 1875, des œuvres impressionnistes sont mises en vente pour la première fois à l’Hôtel Drouot. Organisée par le marchand d’art Paul Durand-Ruel, la vente est orageuse. Chaque bras qui se lève   est aussitôt balayé par une volée d’injures, et les artistes doivent racheter   eux-mêmes leurs toiles. « Jeune   femme assise » de Renoir part pour 60 francs, le prix du cadre !

Le   Figaro : « L’impression que produit les impressionnistes est celle d’un chat qui se promènerait sur le clavier d’un piano ou d’un singe qui se serait emparé d’une boîte de crayons »

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« Les raboteurs de   parquet », Gustave   Caillebotte

Un   nouvel arrivant dans le groupe, Gustave   Caillebotte. Ce jeune homme très aisé qui peint les sports nautiques   qu’il pratique, s’est vu refusé sa toile « Les raboteurs de parquet », jugée trop vulgaire par le jury du Salon.

1876,   Grande exposition impressionniste. Les critiques ne sont pas plus tendres …

« On vient d’ouvrir chez Durand-Ruel une   exposition que l’on dit de peinture. Le passant inoffensif entre et à son œil  épouvanté s’offre un spectacle cruel. Cinq ou six aliénés dont une femme, atteints de la folie de l’ambition, s’y sont donné rendez-vous pour y exposer leurs œuvres. Ils prennent des toiles, de couleur et des brosses, jettent au hasard quelques traits et signent le tout. Effrayant spectacle de la vanité humaine s’égarant jusqu’à la démence. »

« Faites donc comprendre à M. Pissarro que les arbres ne sont pas violets, que le ciel n’est pas d’un ton beurre frais. Essayez donc d’expliquer à M. Renoir que le torse d’une femme n’est pas un amas de chair en décomposition avec des tâches vertes violacées qui dévoile l’état de complète putréfaction chez un cadavre. C’est cet amas de choses grossières qu’on expose au public, sans songer aux conséquences fatales qu’elles peuvent entraîner. Hier, on a arrêté rue Lepeltier un pauvre homme qui en sortant de cette exposition mordait les passants ».

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« Les toits »,   Paul Cezanne

1877,   la plus grande exposition impressionniste, la dernière qui les réunit tous. Cézanne s’y impose. C’est aussi la  confirmation du talent de Caillebotte  (dont la technique oscille entre impressionnisme et réalisme, faisant appel  aux cadrages photographiques) et d’Edgar Degas (qui ne peint jamais en extérieur, sauf à l’hippodrome, et qui   s’appuie sur une grande mémoire pour rapporter les attitudes à l’atelier).

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« La grande vague de   Kanagawa », Hokusaï

Le   milieu du XIXème siècle est aussi pour l’Occident la découverte de l’art pictural   japonais, à travers le mouvement artistique « Ukiyo-e », les images   du monde flottant. On redécouvre la vie quotidienne, le caractère changeant et périssable des choses, et cette posture entre en résonnance avec celle des impressionnistes. L’intérêt de ces derniers pour les œuvres d’Hokusaï (1760-1849) ou d’Hiroshige (1797-1858) est aussi lié à la technique adoptée : stylisation du tracé, zone de couleur pure (notamment le bleu de Prusse, introduit au Japon au 1829 par les marchands néerlandais), et surtout des cadrages souvent audacieux. De Monet (qui a toute une collection d’estampes dans sa maison de Giverny) à Pissarro, de Cézanne à Van Gogh, beaucoup s’inspireront ouvertement de cette peinture. Cette influence sera même baptisée de « japonisme », touchant la peintur mais aussi la musique (« Madame   Butterfly » de Puccini en 1904, par exemple) et les arts décoratifs.

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« La montagne   Sainte-Victoire », Cézanne,   1882-1885

1882,   c’est un groupe d’artistes divisé qui se présente à la 7ème exposition   impressionniste. Paul Durand-Ruel, au bord de la faillite, a le plus grand   mal à réunir ses artistes car certaines dissensions minent le groupe :

-   Degas, à qui on reproche d’avoir fait entrer des peintres réalistes dans le   groupe, refuse d’y participer. Auparavant, Manet s’était brouillé avec   Cézanne au sujet de « Modern   Olympia ». Ce dernier vit désormais dans le midi, où il commence en   1882 sa série des « Montagnes   Sainte Victoire ». Plus tard, Cézanne se fâchera même avec Zola, son ami d’enfance qui l’a   toujours soutenu, car il croit se reconnaître à travers le peintre raté qui   est décrit dans « L’œuvre ».

-   Renoir redécouvre les classiques au cours d’un voyage en Italie.

-   Manet meurt en 1883 : c’est la fin de l’aventure collective.

Une   partie de la critique est désormais bienveillante à l’égard des   impressionnistes.

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« Un dimanche après   midi à l’île de la    Grande Jatte», Georges   Seurat

1890,   8ème et dernière exposition impressionniste. Arrivent Paul Signac et Georges Seurat. « Un dimanche après midi à l’île de la Grande Jatte »   de Seurat est un tableau gigantesque qui lui a coûté deux ans de travail. La   juxtaposition de minuscules points colorés est liée à l’utilisation   méthodique des théories d’Eugène Chevreul pour qui la perception des couleurs   par l’œil humain résulte d’une synthèse visuelle.

Le   pointillisme intéresse Pissarro qui reviendra vite à l’impressionnisme.   Auprès de lui peignent Degas et un nouveau venu, Gauguin. Pissarro a la dent dure à l’égard de Monet qui inaugure   le principe des séries (par exemple, des meules de foin à toutes les saisons   et toutes les heures du jour pour comprendre la lumière). Pissarro parle   d’art « industriel » et soupçonne Monet de spéculation.

1895 :   Paul Durand-Ruel présente le série des cathédrales de Rouen de Monet :   c’est un triomphe. Des acheteurs américains proposent des sommes   faramineuses.

Un   an auparavant, Gustave Caillebotte meurt : « Je lègue à l’Etat les tableaux que je possède », avec Renoir   comme exécuteur testamentaire. Sur les 60 tableaux, 40 intègrent les musées   nationaux. Ceux qui restent sont achetés par l’américain Barnes. L’Académie   n’a donc pu empêcher l’arrivée de ces tableaux subversifs dans le patrimoine.   Même « Olympia » pourtant   si décrié fait son entrée au musée du Luxembourg.

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« Les joueurs de cartes », Paul Cézanne

Paul Cézanne, Vincent Van Gogh et Paul Gauguin peuvent être considérés comme des « passeurs », permettant à la peinture de prendre un nouveau virage  à l’orée du XXème siècle.

En   1890, Cézanne peint une série de cinq tableaux sur le thème des joueurs de cartes. Commence une recherche sur la géométrisation de l’espace. Ici les touches sont des tâches (comme sur la   version de 1882 de la Montagne Sainte Victoire ) ; Progressivemen les tâches vont se transformer en modules géométriques, aux contrastes de couleurs vifs : Cézanne annonce à la fois le cubisme et le fauvisme. La Montagne Sainte   Victoire a fait l’objet d’une série de près de 80 tableaux, une différence   très nette apparaît entre les œuvres du début et de la fin de la série.

La   juxtaposition du portrait du marchand d’art Ambroise Vollard par Cézanne et par Picasso montre bien la filiation entre les deux peintres.

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« La sieste »,   Vincent Van Gogh

On   a tout dit et écrit au sujet de Van Gogh, un artiste hors norme qui n’a peint   qu’à l’âge de 27 ans, s’est suicidé dix ans plus tard et n’a vendu qu’un seul   tableau de son vivant.

A   partir de 1886 en France, Van Gogh poursuit les recherches sur la division du   spectre de la lumière. Il étudie l’impression optique produite par de petites   touches de couleurs primaires (rouge, bleu, jaune) et complémentaires   (violet, orange, vert). Les contrastes sont d’autant plus prononcés que les   couleurs sont pures : l’opposition bleu / jaune souvent présente dans   l’œuvre de Van Gogh témoigne de l’influence des Ukiyo-e japonais, ces   estampes découvertes chez le marchand d’art Samuel Bing en 1886. On trouve   dans ses tableaux les contrastes violents de couleurs des fauves. Voilà ce   que dit Van Gogh au sujet de son tableau « Café de nuit » :   « Dans mon tableau, j’ai cherché à exprimer que le café est l’endroit où   l’on peut se ruiner, devenir fou ou commettre un crime ».

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« Aréaréa   (Joyeusetés) », Paul Gauguin

Paul   Gauguin s'appuie aussi sur des couleurs vives en utilisant des pigments purs.   Il aura influencé l'école de Pont Aven et les Nabis (notamment Cérusier qui   suit ses conseils pour composer «Le talisman » : « Comment voyez-vous cet   arbre ? Vert ? Mettez donc le plus beau vert de votre palette ; Et cette   ombre ? Plutôt bleue ? Ne craignez pas de la peindre aussi bleue que   possible. » Agent de change, marin, terrassier, nouant avec Van Gogh une   amitié orageuse, aux confins de nombreux mouvements picturaux, Gauguin va,   avec la violence de ses couleurs, influencer les « fauves » et vivre une vie   d'aventurier à tous points de vue.

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« Paysage aux arbres rouges », Maurice de Vlaminck

Le 18 octobre 1905, Emile Loubet président de la République refuse   d'inaugurer le 3™e salon d'automne qui s'ouvre au Grand Palais. En   effet, le salon VII qui réunit les toiles de Matisse, Derain, Vlaminck,   Camoin sont jugées inacceptables par la critique. On parle de « bariolages   informes », de « brosses en délire », de « mélange de cire à   bouteille et de plumes de perroquets ». Un critique d'art, Louis   Vauxcelles, regardant un buste de jeune homme de facture classique d'Albert   Marque présent dans la salle, glisse à son voisin « C'est Donatello parmi   les fauves... ». Le bon mot plaît et est repris : la salle est désormais   surnommée « la cage aux fauves », et ceux qui se réclament de ce genre   « les fauvistes ».

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« Femme au chapeau », Henri Matisse

C'est surtout « La femme au chapeau » de Matisse qui   est attaquée. On pouffe de rire en la voyant. A son propos, Léo Stein, amateur   et marchand d'art américain, déclare : « Voilà le plus vilain barbouillage   que j'ai vu de ma vie ». Pourtant, à la fin du salon, Gertrude et Léo   Stein lui proposent d'acheter sa toile 500 francs : en spéculateurs, ils   sentent qu'il faudra désormais compter sur Matisse (Léo et Gertrude seront   plutôt liés à Picasso, Mickael et Sarah Stein à Matisse). A propos du «fauvisme   » on ne peut pourtant pas parler de mouvement. Il n'existe aucun   manifeste du fauvisme et aucun de ces artistes ne revendiquera une quelconque   appartenance à un mouvement. D'ailleurs, après le salon de 1905, chacun de   ces peintres suivra son chemin. Un point commun à ses artistes (auxquels il   faudra rajouter Raoul Dufy et Kees van Dongen) est l'utilisation d'une   couleur pure, violente, explosive et une certaine liberté par rapport à la   ressemblance.

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« Le bonheur de vivre », Henri Matisse

II s'agit d'une grande composition (1,74 X 2,38). Les corps   sont stylisés et ronds, les couleurs vives et pures, à la manière fauve.   Cette rêverie érotique, naturelle et innocente, acquise par Gertrude et Léo   Stein, sera l'objet de tous les sarcasmes à l'occasion de l'exposition des   indépendants de 1906. Un visiteur témoigne : « Dès l'entrée en arrivant,   on entendait des cris qui guidaient vers un vacarme de moqueries, de cris de   colère et de hurlements de rires provenant d'une foule qui tournait en   dérision la vision passionnée du bonheur du peintre ». Picasso est très   impressionné par ce tableau et remet en question tout son travail, qu'il juge   tout d'un coup sentimental et expérimental.

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« Nu bleu, souvenir de Biskra », Henri Matisse

Alors que Picasso travaille à ses « Demoiselles d'Avignon »,   Matisse livre en 1907 une autre vision du nu féminin. Un corps bien plus   agressif que ceux qu'il représentait dans « Le bonheur... », à la hanche tendue comme un sexe, tension soulignée par la   palme au deuxième plan qui en accentue la rotondité. Les bras musclés, le   visage sommairement dessiné en font une sorte de vierge primitive, «   primitivisme » sur lequel travaille aussi Picasso (comme Derain avec   ses « Baigneuses » Diapo SI). Matisse et Picasso sont   vraiment les deux peintres qui inaugurent l'art du XXème siècle.

    

« Paysage avec pont », Picasso - « Maisons à   l'Estaque » Braque -1909

« Nous   étions comme deux alpinistes attachés l'un à l'autre », c'est ainsi que   Picasso évoque la première période du cubisme et sa collaboration avec   Georges Braque : éclater l'objet pour le montrer sous différentes   facettes sans tenir compte de la perspective, dans la continuité des   dernières œuvres de Cézanne. « Traitez la nature par le cylindre, la   sphère, le cône, le tout mis en perspective, soit que chaque côté d'un objet,   d'un plan, se dirige vers un point central. » écrit ce dernier dans une   de ses lettres.

Le cubisme, dont le nom est encore hérité d'une réflexion de   Louis Vauxcelles, connaîtra plusieurs phases et finira par s'essouffler après   le premier conflit mondial.