Le XXème siècle en films

Le XXème Siècle en films

Cette liste n’est pas impartiale. Elle n’est pas non plus complète : 30 pages n’y suffiraient pas. J’ai essayé d’indiquer les films que j’estime majeurs pour chacune des périodes évoquées. Libre à vous de compléter cette liste.

La première guerre mondiale

La première guerre mondiale a beaucoup inspiré les réalisateurs qui désiraient montrer le caractère absurde, monstrueux et vain de la guerre. Il est néanmoins plus facile de parler d’une guerre gagnée que d’une guerre perdue (côté français) comme nous le verrons plus tard concernant la deuxième guerre.

l La Grande illusion ( Jean Renoir, 1937 ). Un grand classique du cinéma français. Le tableau (presque) convivial d’un camp de prisonnier pendant la première guerre. Réalisé en 1937, alors que la seconde guerre pointe le bout de son nez, ce film a valeur de document historique tant il montre, par son pacifisme, à quel point les esprits français ne sont pas préparés à la guerre de 39/40.

l Les sentiers de la gloire ( Paths of Glory, Stanley Kubrick, 1957 ). Trois soldats sont accusés de lâcheté et exécutés pour l’exemple, malgré les efforts de leur officier pour les sauver. Film longtemps interdit en France.

l Capitaine Conan ( Bertrand Tavernier, 1996 ). Un aspect peu traité au cinéma : la mise en place contre les bolcheviks, après 1918, du « cordon sanitaire » dans le delta du Danube pour isoler l’URSS. Comme dans le film précédent, l’officier essaie de défendre ses hommes accusés d’attaquer des commerçants de Bucarest.

l Les hommes contre ( Uomini contro, Francesco Rosi, 1970 ). La première guerre côté italien mais le propos ne change pas : toujours un (beau) pamphlet contre la guerre et son absurdité. L’univers rendu « lunaire » par la guerre est restitué de façon saisissante par le réalisateur.

l La vie et rien d’autre (Bertrand Tavernier, 1994 ). En 1920, dans le nord de la France, un officier supérieur a pour mission de chercher le cadavre d’un soldat digne de devenir «  le soldat inconnu », à qui il sera rendu un culte.

l La victoire en chantant ( J.J. Annaud, 1976). Quelque part en Afrique, une colonie française (qui compte 6 indigènes, 2 épiciers et 2 religieux…) se bat contre la colonie allemande voisine ( « peuplée » de 3 allemands ). On comprend vite tout le parti qui peut être tiré d’une situation aussi grotesque…

l La Chambre des officiers (François Dupeyron, 2001). L’histoire d’un homme défiguré pendant le conflit et qui tente de recouvrer une identité. Film à rapprocher de Johnny s’en va t-en guerre ( Johnny got his gun, Dalton Trumbo, 1971). Johnny n’est plus qu’un tronc quand il revient de la guerre de 14. Film réalisé par une victime du Maccarthysme.

L’entre-deux-guerres

Il est toujours un peu facile de dénoncer l’atmosphère de crise, de pourrissement des valeurs quand on raconte a posteriori une histoire, quand on connaît l’Histoire. Aussi le caractère complètement prophétique de Metropolis (Fritz Lang, 1927) prend toute sa valeur. La scène finale montre patrons et ouvriers se serrant la main sur le porche d’une église : le nazisme par une révolution populaire intégrant ouvriers et droite populiste (« volkisch ») en réaction au communisme, et visant à créer une société figée par une réconciliation nationale.

Italie

l 1900 (Bernardo Bertolucci, 1976) Vaste fresque qui balaie un demi siècle d’histoire de l’Italie. La bourgeoisie qui capitule face à la brutalité fasciste, la lutte des classes etc… Film superbe, en deux parties, même s’il est parfois naïf et schématique (Bertolucci est communiste et les « masses laborieuses » sont décidément très gentilles… )

l Une journée particulière (E. Scola, 1977). La rencontre improbable qui réunit dans un huis-clos une oubliée du système (une mère de famille nombreuse, Sofia Loren) et un proscrit (un écrivain homosexuel, Marcello Mastroianni) le jour où tout Rome est rassemblé pour célébrer la rencontre entre Hitler et Mussolini. Magnifique adaptation d’une pièce de théâtre.

l Le conformiste (Bernardo Bertolucci, 1970) L’itinéraire d’un fasciste arriviste, fait de renoncements et de lâchetés.

l Le jardin des Finzi-Contini ( Vittorio de Sica, 1971 ). Le fascisme rôde autour d’une jeunesse dorée juive qui ne s’en méfie pas assez.

Je conseille (pour des raisons absolument pas historiques, même si le fascisme y est traité, à sa manière …) Amarcord de Federico Fellini (1973), véritable bijou de poésie et de drôlerie.

Espagne

l Land of freedom (Ken Loach, 1995). L’histoire d’un jeune idéaliste qui s’engage aux côtés des républicains espagnols pendant la guerre civile et qui voit son innocence minée par la destruction de son groupe par les communistes qui les accuse de trotskisme.

Evidemment, il y a l’Espoir d’André Malraux (1946), film documentaire au sujet de la guerre civile d’Espagne (1936-39) mais je le trouve ennuyeux. Je ne peux pas non plus ne pas citer Pour qui sonne le glas ? de Sam Wood (1943), adaptation du roman d’Ernest Hemingway, mélodrame où les enjeux politiques ne sont pas centraux.

Allemagne

A mon avis, ceux qui ont le mieux évoqué cette période cruciale de l’histoire allemande sont un suédois, un italien et un autrichien ! Cabaret (Bob Fosse, 1972) est un excellent film mais son intérêt historique est quasi nul.

l L’œuf du serpent ( Ingmar Bergman, 1977). Comme son nom l’indique, la gestation d’une pensée, d’un système, des périls racontée lors du « Putsch des brasseries » en novembre 1923, date à laquelle Hitler entre dans l’Histoire.

l Les damnés ( Luchino Visconti, 1969). Une famille malade, à l’image d’une société malade. La bourgeoisie industrielle qui fait le lit du nazisme. Une évocation de la « Nuit des longs couteaux » assez « personnelle ». Film fascinant, malsain de bout en bout. A voir.

l Méphisto (Izvan Szabo, 1982 ) La montée du nazisme, à travers le parcours d’une troupe de théâtre. Pose le problème de la création et de l’art au service d’un régime totalitaire.

Etats-Unis

l Les temps modernes (Charlie Chaplin, 1936) : La société industrielle ( la chaine de production avec Charlot perdu dans les engrenages ), la société de consommation ( Charlot veilleur de nuit dans un grand magasin et sacré patineur ! ), les petits boulots en période de crise économique (Charlot serveur qui perd ses manchettes alors qu’il s’apprête à chanter, du coup il chante n’importe quoi et fait mourir de rire l’assistance)…

l Les raisins de la colère (The grapes of wrath, John Ford, 1940) La crise de 29 qui jette sur les routes des paysans qui viennent grossir les villes et qui le vivent comme un véritable exil.

France et Grande-Bretagne

Ces deux pays ont peu abordé cette période, toute en nuances. Je n’en connais que deux qui soient (un peu) signifiants :

l La banquière (Francis Girod, 1980), l’histoire (vraie) d’une femme atypique dans les milieux de la finance et qui sera une cible dans la France des années 30, à trois titres : origines modestes, juive et femme.

l Les vestiges du jour ( The remains of the day, James Ivory, 1993). Le sujet central n’est pas historique puisqu’il s’agit d’une (très belle) histoire d’amour entre deux domestiques. Ceci dit, ils sont au service d’un aristocrate aux sympathies pro-nazies, réunissant périodiquement des diplomates ou délégués de la SDN qui ne voient pas d’un mauvais œil « Monsieur Hitler ». Face à autant d’aveuglement, l’Amérique est la seule à faire preuve de pragmatisme ( en la personne de Christopher Reeves ). Cette vision des évènements est plutôt schématique dans le film. Reeves l’américain rachète au Lord discrédité sa magnifique demeure (L’Amérique s’impose en Angleterre par l’argent mais fait figure d’arriviste face à une aristocratie millénaire). Par contre, ces ambiances de « diplomatie parallèle » sont très bien rendues.

URSS

l Alexandre Nevski ( Sergueï Eisenstein, 1938 ) : Au XIIIème siècle, les chevaliers teutoniques (allemands) menacent l’Ouest de la Russie. Le notable d’un village soulève la population contre l’agresseur. L’intention du réalisateur est tout à fait transparente : il s’agit de rappeler une page de l’histoire russe à l’Allemagne nazie…

La seconde guerre mondiale

Ce conflit a suscité des centaines de films. Des grands classiques à l’ancienne ( Le pont de la rivière Kwaï, David Lean, 1957 ), des hymnes patriotiques à la gloire de l’Amérique ( Le jour le plus long (The longest day, 1962), des mauvais films etc…

Allemagne

Le bal des maudits (The young lions, Edward Dmytryk, 1959 ). Marlon Brando, Dean Martin, Montgomery Clift. Rien que çà !

Allemagne année zéro (Roberto Rossellini, 1947). Film-documentaire. A travers la vie d’Edmund 12 ans, c’est tout le problème de responsabilité collective qui est posée dans cette œuvre.

Italie

Rome ville ouverte (Roberto Rossellini, 1945) L’occupation allemande, vécue par les italiens.

La peau ( Liliana Cavani , 1981) Adaptation d’un roman de Curzo Malaparte. La libération de Naples par les américains en septembre 1943. Le ton est un peu outré. Avec Burt Lancaster, Marcello Mastroianni et Claudia Cardinale tout de même !

Nous nous sommes tant aimés ( Ettore Scola, 1974 ). Comme son nom l’indique, des résistants italiens se sont beaucoup aimés, ont partagé un idéal qu’ils ne peuvent concrétiser après-guerre.

Etats-Unis

Patton (Franklin J. Schaffner, 1970) A mon avis, ce qui se fait de mieux dans le genre « film de guerre ». Scénario de F.F. Coppola.

The big red one (Samuel Fuller, 1980). Les souvenirs du réalisateur, de l’Italie jusqu’en Europe de l’est.

Grande-Bretagne

Hope and Glory (John Boorman, 1987). Ici encore, cette œuvre est largement inspirée des souvenirs d’enfance du réalisateur. Film attachant, entre premiers émois amoureux de la grande sœur et V2 qui pleuvent sur Londres.

France

Lacombe Lucien (Louis Malle, 1974). Film qui a provoqué une polémique en France dès sa sortie. Il n’aurait pas fallu grand-chose pour que Lucien entre dans la résistance mais c’est dans la collaboration qu’il se découvre une famille. Film scandaleux dans une France qui voulait croire aux choix tranchés et définitifs. Les français « découvrent » qu’ils ont pu aussi être le résultat de hasards, d’aléas et de trajectoires particulières.

L’armée des ombres ( J.P. Melville, 1969). Un film brut, sans fioritures au sujet de la résistance. Absurde et terrible.

Uranus (C. Berri, 1990). Une galerie de portraits réussie dans une ville de province dévastée par la guerre : vieux prof désabusé, collaborateur en fuite, patron de bistrot, communiste enragé, trafiquant, braves bouges et pauvres types etc…

Comédies

Le dictateur (Charlie Chaplin, 1940). Tout le monde connaît la scène dans laquelle Hynckel jongle dans son bureau avec le globe terrestre…

To be or not to be (Ernst Lubitsch, 1942). Le rire plus fort que la guerre, le temps d’une représentation de Hamlet, alors même que la Pologne est occupée par l’Allemagne.

1941 (Steven Spielberg, 1979). Après avoir eu peur des indiens et avant d’avoir peur des communistes, des extra-terrestres, du lobby militaro-industriel, des serial-killers et de l’Irak, les américains ont eu peur d’un débarquement japonais à Hollywood ! Spielberg se moque de ces peurs à travers cette comédie (parfois trop) débridée.

La guerre froide et autres…

L’espion qui venait du froid (Martin Ritt, 1965) Un grand classique du cinéma d’espionnage, adapté d’un roman de John Le Carré.

Le troisième homme (Carol Reed, 1949). Vienne occupée par les alliés sur fond de guerre froide et de trafic de pénicilline. Musique célébrissime.

Docteur Folamour (S. Kubrick, 1964). Quand la belle machine de guerre américaine se déglingue et provoque une guerre nucléaire….

L’aveu (Costa-gavras, 1969) Les procès staliniens en Tchécoslovaquie pendant les années 50

La guerre du Vietnam n’est vraiment traitée dans toute sa violence que dans Full Metal Jacket (S. Kubrick, 1987). Apocalypse Now (F.F. Coppola, 1979) est l’adaptation libre de Heart of darkness de Joseph Conrad. Platoon (Oliver Stone, 1986) sont les souvenirs du réalisateur et Voyage au bout de l’enfer (The deer hunter, Michael Cimino, 1978) est l’histoire d’une communauté ukrainienne de Pennsylvanie.

La lutte anti-communiste à travers le monde :

Z (Costa-Gavras, 1968) : La Grèce des colonels en 1967. Très bon film, qui a tout de même mal vieilli

Missing (Costa-Gavras, 1982), Drame familial sur fond de coup d’état au Chili en 1973

Salvador (Oliver Stone, 1986), le financement des milices d’extrême-droite en Amérique centrale par la CIA

Le Prête-nom (The front, Martin Ritt, 1976) : les excès du Maccarthysme aux Etats-Unis.

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