La vie des autres

La vie des autres

Réalisateur : Florian Henckel Von Donnersmack (2006)

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1- Synopsis

« La vie des autres » se déroule dans le milieu artistique est-allemand dans les années 80. Un officier de la STASI, Gerd Weisler, se charge de surveiller un auteur de théâtre en vue et fidèle à la RDA, Georg Dreyman. Au contact de ce milieu, l'enquêteur va s'adoucir progressivement au point de découvrir une notion qui jusque là lui était inconnue, la vie privée. Parallèlement, il prend conscience d'être au service d'un régime dont les dirigeants sont moralement corrompus, allant jusqu'à compromettre sa carrière.

 

2- Les personnages

 

Gerd Weisler : Il est capitaine de la STASI et enseignant à l'école de police. C'est un serviteur zélé du régime. Précis, méticuleux et austère, il va progressivement changer et trahir le régime.

 

Georg Dreyman : Artiste officiel qui jouit de l'estime d'un régime (jusqu'à la fin du régime, et même au-delà, il croira avoir été exempt de toute surveillance) qu'il sert loyalement et naïvement. Deux événements vont changer son point de vue : le suicide d'un ami metteur en scène interdit de travail et la liaison que subit sa compagne.

 

Christa-Maria Sieland : Comédienne et compagne de Dreyman. Elle entretient une liaison forcée avec le ministre de la culture pour protéger la carrière de son compagnon, liaison qu'elle finit par rompre au risque de déclencher la colère puis la vengeance du haut fonctionnaire.

 

Anton Grubitz : Supérieur et ami de Wiesler. Arriviste et ambitieux, il est la parfaite antithèse de Weisler, qu'il connaît depuis l'université. Alors que ce dernier a servi le régime dans l'anonymat, Grubitz a gravi les échelons en politicien, jouant de l'intrigue et du cynisme, comme en témoigne son attitude servile à l'égard d'Hempf.

 

Bruno Hempf : Cynique et adipeux ministre de la culture qui poursuit Christa-Maria de ses assiduités et finira par la sacrifier.

 

3- Qu'était la STASI ?

 

Pendant 40 ans, la STASI va incarner une des polices les plus répressives du bloc communiste. Son nom signifie « sécurité d'Etat » (abréviation de Staatssicherheit). Créée en 1950 après la naissance de la RDA (1949), elle va reprendre les structures de la Tcheka soviétique en tant que police.

 

De nombreux cadres de cette police avaient vécu la période nazie soit dans des camps, soit en URSS ou au Mexique. Beaucoup avaient combattu en Espagne pendant la guerre civile (1936 – 1939) au sein des brigades internationales. A la fin de la deuxième guerre mondiale, ils reviennent dans ce qu'ils considèrent être « la bonne Allemagne » et, parallèlement, la RFA apparaît à leurs comme la continuité de l'Allemagne nazie (la propagande communiste a toujours fait de l'URSS et de ses alliés les champions de l'anti-fascisme).

 

Au départ l'action de la STASI était essentiellement tournée vers l'extérieur puis, progressivement, cette police va se tourner vers « l'ennemi de l'intérieur ». Le tournant est la révolte à Berlin en 1953, révolte à propos de laquelle la STASI n'a rien vu venir. A partir de 1957, date à laquelle Erich Mielke est nommé « ministre de la sécurité » (poste qu'il occupera jusqu'en 1989), la mission de la STASI sera la vie des est-allemands. Elle va surtout tenter de s'opposer aux départs vers l'ouest (on estime à 4 millions le nombre d'est-allemands qui ont rejoint l'ouest de 1949 à 1989). A ce titre, la RFA ne cessait de dire que les habitants de la RDA étaient ses « ressortissants virtuels ». Les est-allemands ont considéré cette expression à juste titre comme un appel. Avant 1961, il était très facile de passer à l'ouest : il suffisait de prendre le métro : la surveillance du mur deviendra donc une des missions principales de la STASI.

 

La STASI avait une école, « l'école supérieure de droit », rattachée après 1965 à l'université. On ne choisissait pas des brutes épaisses mais des étudiants qui devaient comprendre l'ennemi. On suivait dans cette école des cours de conduite d'entretien, de psychologie (d'inspiration behaviouriste), de sociologie, de dynamique de groupe etc … On y apprenait aussi à briser la personnalité des personnes surveillées (méthode du cambriolage, ou bien celle de la rumeur : on laisse entendre que tel dissident est en réalité un collaborateur de la STASI. C''était une méthode très efficace puisqu'elle conduisait à l'isolement total).

 

La loi de 1990 / 1 prévoit la création d'une administration autonome devant gérer, rendre accessible et analyser les documents de la STASI ainsi que l'information de la population sur la structure et les méthode de travail des services secrets est-allemands. Toute personne concernée sur laquelle la STASI avait recueilli des informations peut consulter son dossier à l'Administration des documents de la STASI à Berlin. Presque deux millions et demi de personnes ont fait usage de ce droit.au cours de ces vingt dernières années.

 

La STASI, c'était : - 112 kilomètres de documents alignés.

- 39 millions de cartes de fichiers.

- 15 517 sacs remplis de documents déchirés par la STASI dans les dernières semaines de son existence.

 

4- Analyses

 

Le film fonctionne sur de nombreuses mises en parallèle disséminées à travers tout le récit, donnant une impression d'écho, de gémellité.

 

Les trois premières séquences :

 

Séquence 1 :

Interrogatoire

Magnétophone => Applaudissements

Etudiants

Le montage alterne une salle d'interrogatoire et un amphithéâtre à l'université. Weisler est omniscient puisqu'à deux endroits en même temps, et sait même ce qui sera entendu par les étudiants (omniscient temps et espace).

 

Séquence 2 :

Grubitz / Weisler => Public => Pièce de théâtre => Applaudissements

 

Weisler est omniscient puisqu'il a un œil sur les coulisses, sur le public et sur la pièce de théâtre. Les deux séquences comprennent des applaudissements, insincères dans les deux cas (suscités dans la 1ère séquence, salle composée et toute acquise dans la 2ème séquence).

 

Séquence 2 et 3 :

- Théâtre officiel (sujet de la pièce très « ouvriériste ») + assistance acquise = un théâtre qui ne fait que montrer ce que le public et le régime ont envie de voir => tout le mode fait semblant => Idéologie du régime inopérante.

 

- « Couple officiel » qui danse seul, sous les yeux d'une assistance acquise, sur une musique « indansable » => Tout le monde fait semblant.

 

Cette idée de comédie où « tout le monde fait semblant » se trouve confirmée par la scène de la représentation théâtrale après 1989 dans la dernière partie du film.

 

Cette mise en parallèle des trois premières est complétée par de très nombreuses séquences qui se répondent les unes les autres :

 

1- Madame Meineke entre Weisler et Dreyman

 

21m-33s = « Faites envoyer un cadeau à Mme Meineke en échange de son silence » (Weisler)

27m-15s = « C'est notre petit secret. Vous savez tenir un secret ? » (Dreyman)

=> un régime politique qui ne fonctionne jamais sur la vérité entre les individus. Tout le monde se ment.

 

2- La télévision

 

Télévision est allemande

(appartement de Weisler, noir et blanc))

Télévision ouest-allemande

(appartement de Dreyman, couleur)

17m-29s => 17m45s 1h-25m-12s => 1h-25m-55s

- Agriculture en bonne santé

- Excellents résultats de la politique diplomatique ...

- Pluies acides (pollution)

- Tensions est / ouest (article)

 

3- Christa-Maria Sealand et Weisler

 

Wolf Biermann, « La Ballade de la STASI » (Die Stasi-Ballade*)

 

Wolf Biermann est né à Hambourg en 1936 d’une famille juive et communiste. A 17 ans, il choisit, par conviction communiste et antinazie, de s’installer en RDA. Il y mène sa carrière jusqu’en 1976, date à laquelle il est déchu de sa nationalité et interdit de séjour, à l’occasion d’un concert donné à l’Ouest.

 

Humainement je me sens lié

Avec ces pauvres mecs de la Secrète

Qui par la neige et par la pluie

Sont contraints de veiller sur moi,

Pour tout entendre de mes chansons,

De mes saillies, de mes jurons

Ils ont installé un micro

Dans ma cuisine dans mes WC

Frères de la Sécurité

Vous seuls mes malheurs savez

Vous seuls pouvez témoigner

Que mon unique souci

Ma passion démente et douce

A notre cause est consacrée

Mes paroles sinon oubliées

Par vos bandes vous les fixez

Et je le sais, de temps à autre

Mes chansons au lit vous chantez

— je vous en dis ma gratitude

La Secrète c’est mon secret

La Secrète c’est mon secret

La Secrète c’est mon secrétaire

(...)

Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Hamman

Publié dans le recueil Ainsi soit-il et ça ira, Christian Bourgois Editions, 1978