Docteur Folamour

 

LES relations internationales de 1945 aux années 2000

 

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Fiche technique

Titre : Docteur Folamour ou Comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe (1964)

Réalisation : Stanley Kubrick

Scénario : S. Kubrick, T. Southern et Peter George, d'après le livre de ce dernier « Red alert » (1958)

Distribution :
                

                    - Peter Sellers  - Capitaine Lionel Mandrake
                                           - Président Merkin Muffley
                                        - Docteur Folamour        

                    - George C. Scott   Général « Buck » Turgidson
                    - Sterling Hayden    Général Jack D. Ripper

 

L'Histoire

L'action se déroule pendant la guerre froide. Le général Jack D. Ripper, commandant une base aérienne sur le sol américain, tient des propos délirants à son second, le colonel de la Royal Air Force Lionel Mandrake. Ordre est donné aux B 52 qui survolent en permanence l'hémisphère nord d'attaquer l'URSS.Le président Muffley réunit un conseil d'urgence au cours duquel le général Turgidson révèle à ce dernier la terrible situation : si aucun contrordre n'est donné aux bombardiers, une guerre nucléaire peut être déclenchée. Un entretien téléphonique avec le numéro un soviétique Dimitri Kissof (et avec l'ambassadeur Sadesky) vient compléter l'inquiétante perspective : les russes possèdent une arme défensive, conçue dans le plus grand secret, qui anéantira l'humanité entière en cas d'attaque.On consulte alors le docteur Folamour, un scientifique infirme au fort accent allemand qui explique alors qu'une solution existe pour sauver l'humanité.La base aérienne est attaquée. Le général Ripper se suicide. Les avions sont soit abattus, soit rappelés. Tous sauf un, commandé par le major « King Kong » qui poursuit sa mission et ne peut être joint. L'équipage est si professionnel que le major se plonge lui même dans la soute pour décrocher une bombe récalcitrante : il s'agit de la fameuse séquence pendant laquelle le major chevauchant à la manière d'un rodéo une bombe nucléaire qui frappe le sol soviétqie, provoquant par là même l'apocalypse.Les militaires qui composent le conseil sont plongés dans l'abattement. Finalement, docteur Folamour propose un plan de sauvegarde de l'humanité, entre darwinisme et eugénisme. La guerre débouche donc sur la réalisation du projet que les nazis nourrissaient pour l'humanité.

 

Le Cours : Les années 60

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Les années 1960 sont marquées par deux crises internationales majeures.- En août 1961, la République démocratique allemande (communiste, alliée de l'URSS) entreprend la construction d'un mur isolant le secteur occidentale de Berlin (appartenant à la RFA) du reste du territoire, et faisant de ce secteur ouest-allemand entièrement enclavé en pays communiste une métaphore de la guerre froide (Doc. 1 & 2).- A Cuba en 1959, le régime du dictateur Battista est renversé par la guerilla révolutionnaire qui progressivement va se rapprocher de l'URSS. En septembre 1962, des avions espions survolant l'ile dévoilent la présence de missiles pointés sur le sol américain. La mise en place d'un blocus isolant cuba fait craindre une escalade militaire (Doc. 3). Les missiles sont finalement démantelés fin octobre 1962. La guerre du Vietnam (1956-1973) verra l'enlisement progressif et irréversible de l'armée américaine, marquant ainsi le début d'une période de doute qui traversera toutes les années 70 et qui prendra fin avec l'arrivée au pouvoir de R. Reagan (1980) : « America is back »

La carte : La guerre froide 1947 - 1962

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Le texte : W. Churchill, Le discours de Fulton, Discours prononcé le 5 mars 1946

"De Stettin dans la Baltique jusqu'à Trieste dans l'Adriatique, un rideau de fer est descendu à travers le continent. Derrière cette ligne se trouvent toutes les capitales des anciens États de l'Europe centrale et orientale. Varsovie, Berlin, Prague, Vienne, Budapest, Belgrade, Bucarest et Sofia, toutes ces villes célèbres et les populations qui les entourent se trouvent dans ce que je dois appeler la sphère soviétique, et toutes sont soumises, sous une forme ou sous une autre, non seulement à l'influence soviétique, mais aussi à un degré très élevé et, dans beaucoup de cas, à un degré croissant, au contrôle de Moscou".


Etude de trois séquences

On appellera « séquence » toute suite de plans présentant une unité (thématique, de lieu, d'action etc ...)

Séquence 1 

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                                    38 : 44                                            43 : 22

a- Qu'est-ce qui souligne l'absurdité du dialogue entre les deux présidents.
b- Quelle impression l'élargissement du plan (plan moyen sur l'ambassadeur puis plan large sur la table) produit – il sur le spectateur ? Qui regarde qui dans cette scène ?
c- Comment se termine cette scène ?

Séquence 2 

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43 : 23            46 : 49

a- Comment qualifieriez-vous la relation entre Mandrake  (à gauche) et Ripper (à droite) ? Ripper est américain, Mandrake est anglais : que symbolise la relation entre les deux personnages ?
b- Expliquez le raisonnement que Ripper expose à Mandrake ? Qu'en pensez-vous ?
c- Qu'est-ce qui dans la séquence montre que Ripper n'est pas conscient de la gravité de la situation

 

Séquence 3 :

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 46 : 50   51 : 25

 

a- Qu'est-ce que la « machine infernale » ?
b- D'après l'ambassadeur russe, qu'est ce qui a poussé les soviétiques à mettre en œuvre un système de défense pareil ?
c- Quelle définition docteur Folamour donne t-il de la dissuasion ?
d- Selon Folamour, qu'aurait dû faire les soviétiques en mettant en service la « machine infernale » ?

La fin

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  1 : 23 : 23     1 : 28 : 50


a- Quel plan Dr Folamour propose t-il ?
b- Sur quels critères Folamour compte t-il faire reposer la séléction ?
c- Que comprend-on quant à l'identité de Dr Folamour ? En quoi cette identité permet-elle de comprendre le plan proposé ?
d- Décrivez précisément la gestuelle de Dr Folamour. Que signifie t-elle selon vous ?

Le générique

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Le générique est le premier réalisé par Pablo Ferro. Les caractères utilisés font penser à ceux d'une bande dessinée . Un signe qui annonce la couleur au spectateur : il s'agit d'une comédie. Une musique d'ambiance douce, néoclassique et impersonnelle illustre des plans d'avions. Un avion ravitailleur remplit le réservoir d'un bombardier en plein vol. Tout paraît si harmonieux et naturel qu'on croirait une scène d'accouplement tiré d'un documentaire animalier. D'ailleurs, cette tranquillité illustre le titre du film « ...ou comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe ».
Le ballet harmonieux auquel se prête les avions est à mettre en relation avec les vaisseaux spatiaux valsant sur le « Beau Danube bleu » dans « 2001 l'Odyssée de l'espace ». Une fois de plus, Kubrick témoigne de sa fascination pour la technique, les machines, qu'il juge bonnes et positives.

Le  décor

Stanley Kubrick avait beaucoup aimé « James Bond contre Dr No » (1962). Il fait donc appel au chef décorateur qui en avait conçu les decors, Ken Adam. La collaboration entre les deux hommes se poursuivra avec « Barry Lyndon », qui vaudra à Adam un oscar.
Adam est à l'origine de la « War Room », le décor principal du film. Selon Kubrick, il fallait que le décor fasse penser à une partie de poker. Même si le film a été tourné en noir et blanc, le réalisateur a tenu à ce que la table soit tapissée d'une grande toile de feutre vert, à la manière d'une table de jeu. Il fallait que chaque acteur se sente dans la peau d'un joueur pratiquant le bluff.
Des années plus tard, le président Reagan demanda à son chef d’État-Major de visiter la « War Room », qu'il avait vue dans « Docteur Folamour ». Il pensait que cette salle existait vraiment.

 

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  A gauche, Ken Adam dans la « War Room » qu'il a conçue et à droite, un dessin préparatoire


.Le réseau "Paperclip"

Le réseau Paperclip était un réseau d'exfiltration qui a permis aux Etats Unis de recruter plus d'un millier de scientifiques allemands. Ainsi les recherches sur les psychotropes et sur les armes chimiques ainsi que la conquête spatiale (les programmes Saturn et Apollo notamment) ont été menées  par des scientifiques qui ont servi, de près ou de loin, l'Allemagne nazie. La RFA a même officiellement protesté contre ce qu'elle a estimé être un pillage. La personnalité de Folamour (dont le nom ridicule laisse supposer qu'il s'agit d'un pseudonyme) est un rappel de l'existence de ce réseau.
A noter que la France a aussi recruter près d'un millier de scientifiques allemands, opération supervisée par le physicien Yves Rocard, père du premier ministre («On s'en est donné à coeur joie, en ramassant des Allemands eux-mêmes», Mémoires sans concessions (Grasset, 1988).

   

 

 

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